La légende de Sainte Ursule,
la jeune bretonne

À l’origine de la légende de Sainte Ursule, il y a la découverte dans l’église homonyme à Cologne, d’une inscription latine gravée sur une pierre, datant du cinquième siècle. Cette inscription parlait du massacre de plusieurs martyres et vierges. Mais le nom de Sainte Ursule n’apparaît qu’au neuvième siècle et ce n’est qu’au dixième siècle que le nom des vierges martyres est fixé à 11000 ; sans doute à cause de la lecture erronée de l’abréviation XIMV = 11 Martyres et Vierges, devenus : 11 Mille Vierges.

C’est Jacques de Voragine qui fixe la version définitive dans la Légende dorée. La culte de Sainte Ursule et de ses compagnes a connu un immense succès au Moyen-Âge, surtout en Allemagne et aux Pays-Bas, dans le Nord de la France et à Venise. Ursule est la patronne des jeunes filles et des drapiers car elle était protégée par un manteau miraculeux. L’iconographie de Sainte Ursule ne se développe qu’à partir du XIVème siècle. Memling a peint la châsse de Ste Ursule à Bruges en 1489 où l’on voit son martyre représenté. Il est le contemporain de Carpaccio

L’histoire écrite par Jacques de Voragine raconte comment une princesse chrétienne de Bretagne avait accepté d’épouser Erée ou Etérée, fils d’un roi païen d’Angleterre, à la condition qu’il se convertît au christianisme et l’accompagnât en pèlerinage à Rome avec les 11000 vierges, ses compagnes. Les pèlerins devaient atteindre Rome sans dommage et être reconduits en Angleterre par le pape Cyriaque et son cortège de cardinaux. Mais, arrivés à Cologne, ils furent massacrés par l’armée des Huns qui assiégeaient la cité. Refusant d’épouser le fils du roi des Huns, Ursule est à son tour sacrifiée.

Voilà pour le récit naïf, expressif, au ton épique de Jacques de Voragine. Quant à Carpaccio, il enrichit sensiblement la signification de l’histoire. Les épisodes illustrés par Carpaccio ont été choisis pour permettre de représenter des événements concernant des cérémonies publiques, des débarquements dans de splendides villes maritimes. On voit dans ses toiles sa passion pour Venise : le départ pour les contrées lointaines, la convivialité des courtisans, l’amour des paysages et des architectures maritimes.

Bien que la chronologie des tableaux de Carpaccio ne respecte pas l’ordre du récit, dans la belle salle de l’Accademia, on peut suivre le voyage des fiancés, dans l’évolution même qu’ils ont vécu.


Apothéose de sainte Ursule Toile (481 x336 cm)
Venise, Gallerie dell'Accademia

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